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Une nuit à l’opéra

Si je pense à une expérience vraiment unique à vivre dans ma ville, une chose me vient tout de suite à l’esprit : assister à la représentation d’un opéra dans les Arènes de Vérone. Et même si l’on ignore tout de l’opéra, si l’on ne sait pas faire la distinction entre un baryton et un soprano et si l’on n’a jamais entendu parler de Verdi, Puccini ou encore de Donizetti, il existe mille et une raisons de ne pas rater cette occasion.

Les opéras sont habituellement joués dans des espaces clos. Pourtant, depuis plus de cent ans, chaque été, ces arènes romaines vieilles de 2 000 ans, accueillent l’un des festivals lyriques les plus célèbres au monde. Devant des milliers de spectateurs (jusqu’à 13 000 au total), sans aucun toit au-dessus de leur tête, les chanteurs doivent faire porter leur voix, sans l’aide de micros, jusqu’au dernier des gradins.

Ce cadre spectaculaire présente également un autre grand avantage : la scène est très grande et se prête donc parfaitement à des décors imposants. Les réalisateurs (comme Franco Zeffirelli qui, depuis des années, signe Carmen de Bizet) peuvent se livrer à des reconstitutions à taille réelle de bâtiments et de pyramides (comme dans le cas d’Aïda de Verdi, qui nous plonge dans l’Egypte antique), en utilisant un grand nombre de figurants.

La production d’un spectacle dans les Arènes constitue un gros effort collectif qui mobilise des milliers de personnes, et pas seulement sur le plan artistique. Dès que je suis devenu majeur, comme de nombreux jeunes de mon âge, j’ai moi-même travaillé pendant quelques années pour le festival lyrique des Arènes. Je portais un smoking et, chaque soir, j’étais à la grille numéro 1, celle qui donne accès au parterre, pour contrôler les billets.

Ce lieu regroupe des dizaines d’agents de sécurité, d’infirmiers urgentistes (il arrive souvent que des personnes fassent un malaise du fait de la chaleur), et de vendeurs. Sans oublier les incontournables, les techniciens et machinistes : c’est à eux qu’il revient de démonter chaque nuit les décors complexes de l’opéra qui vient d’être joué et de préparer celui du soir suivant, à temps pour la levée du rideau.

L’arrière-scène est ensuite, à elle seule, une ville dans la ville. Une petite armée faite de couturiers, maquilleurs et costumiers, travaille en effet à un rythme effréné pour faire en sorte que les artistes soient toujours parfaits sur scène, d’un point de vue esthétique. C’est ensuite à ces derniers qu’il revient de donner le meilleur d’eux-mêmes en termes d’interprétation, sur une scène foulée, ces dernières décennies, par toutes les plus grandes stars de l’opéra, de Maria Callas à Luciano Pavarotti, de Placido Domingo à José Carreras.

Les billets des Arènes se divisent essentiellement en deux catégories : ceux numérotés et ceux non numérotés. Les premiers peuvent être particulièrement chers, mais – étant plus près de la scène – permettent de mieux voir et entendre. Qui plus est, ils assurent aux spectateurs d’arriver ne serait-ce que quelques minutes avant le début du spectacle.

Si les prix des billets non numérotés sont particulièrement bas, il faut toutefois s’armer de patience. Si l’on veut les meilleures places, il faut faire la queue dès l’après-midi. Et il faut savoir que les gradins en pierre, après une journée sous le soleil de juillet et août, peuvent être particulièrement bouillants (c’est pourquoi, à l’intérieur, on peut louer des coussins). Ceci dit, depuis ces gradins, bien qu’étant plus loin de la scène, on bénéficie d’une vue spectaculaire sur l’amphithéâtre et l’acoustique y est souvent tout aussi excellente.

Quant à la principale menace qui pèse sur les spectacles aux Arènes, elle ne vient pas du soleil ou de la chaleur, mais bien de la pluie. Dès les premières gouttes, l’orchestre arrête de jouer et les musiciens courent se mettre à l’abri pour protéger leurs précieux instruments. Dès qu’il s’arrête de pleuvoir, la représentation reprend là où elle s’était interrompue, à moins que la perturbation ne dure : dans ce cas, le spectacle est annulé et les billets sont remboursés.

Si la pluie dans les Arènes peut être une expérience plutôt frustrante, il faut toutefois savoir se résigner et s’armer de patience. Parfois, il faut attendre jusque tard dans la nuit avant d’entendre le célèbre chœur de Nabucco, “Va pensiero, sull’ali dorate…. Mais ça en vaut largement la peine ! 

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